Néobanques : la nouvelle géographie du pouvoir financier mondial
Longtemps perçues comme une innovation essentiellement occidentale, les néobanques illustrent aujourd’hui une recomposition beaucoup plus large du pouvoir financier mondial.
Si l’Europe et les États‑Unis ont été les premiers terrains d’expérimentation, l’Asie et l’Amérique latine concentrent désormais les acteurs les plus massifs en volume d’utilisateurs. Ce basculement met en lumière une nouvelle dynamique géopolitique autour de la finance numérique.
🌎 Asie et Amérique latine : les nouveaux épicentres mondiaux des néobanques
Contrairement à une perception répandue, la plus grande néobanque du monde n’est pas européenne ni américaine, mais chinoise.
WeBank, soutenue par Tencent, compte environ 420 millions d’utilisateurs fin 2024. Son intégration à l’écosystème WeChat lui offre un accès incomparable à la population chinoise, faisant d’elle un acteur financier d’une ampleur systémique.
En Amérique latine, Nubank occupe la seconde place mondiale avec 118,6 millions de clients au premier trimestre 2025, après avoir dépassé 114 millions en 2024. Présente au Brésil, au Mexique et en Colombie, elle s’est imposée comme une alternative accessible sur des marchés traditionnellement peu bancarisés.
🔎 Fintechs occidentales : l’influence sans la domination
Les fintechs occidentales restent innovantes et influentes mais leurs bases d’utilisateurs sont nettement plus modestes.
- Revolut, leader européen, compte plus de 40 millions d’utilisateurs en 2025, principalement en Europe et dans certaines régions d’Asie‑Pacifique et du Moyen‑Orient où elle étend sa présence.
- Chime, première néobanque américaine en volume, réunit environ 25 millions de clients presque exclusivement aux États‑Unis.
- Cash App, développée par Block, touche environ 57 millions d’utilisateurs mensuels actifs en 2025, essentiellement aux États‑Unis où elle bénéficie d’une très forte adoption chez les jeunes adultes.
- SoFi regroupe 10,9 millions de membres début 2025 majoritairement aux États‑Unis.
Ces chiffres témoignent d’un paysage désormais multipolaire où aucune région ne détient à elle seule la domination mondiale, contrairement à ce que l’on observait lors des débuts du secteur.
📌 Des marchés fragmentés par la régulation
Malgré l’apparence de globalité que suggère le numérique, la banque demeure l’un des secteurs les plus régulés au monde. Cette régulation crée des frontières presque hermétiques entre zones économiques.
En Europe, toute néobanque souhaitant proposer des comptes et dépôts doit détenir une licence bancaire européenne. Ce cadre exclut de facto les géants non européens comme WeBank, Nubank ou Chime qui ne peuvent opérer en tant que banques de détail sur le marché européen. Leur présence, lorsqu’elle existe, passe par des services périphériques ou des partenariats locaux.
Cette segmentation n’est pas seulement réglementaire, elle est également stratégique. Désormais, la finance numérique est traitée comme une infrastructure critique dans les politiques publiques en raison de l’importance des données financières, du cloud bancaire et des rails de paiement dans la stabilité économique.
La segmentation des marchés limite la concurrence directe entre néobanques mais elle n’efface pas les enjeux géopolitiques. Au contraire, chaque bloc (Europe, États‑Unis, Chine et Amérique latine) développe et protège ses propres infrastructures financières numériques. Les néobanques deviennent alors des vecteurs de souveraineté au cœur d’une rivalité qui porte moins sur les territoires commerciaux que sur le contrôle des données, des standards et des technologies critiques.
Les équipes du pôle Services Financiers d’A2 Consulting accompagnent les banques pour faire face à aux évolutions technologiques et réglementaires.